Lettre ouverte

à la suite de l’article de Libération du 31 janvier 2020

A la suite des récentes attaques de Libération, par les mêmes auteurs que ceux qui ont publié l’article du mois de mai 2019, j’ai décidé d’écrire cette lettre à l’ensemble des amis, des membres bienfaiteurs, et donateurs de l’association Elisecare.

 

J’ai créé Elisecare en 2014, devant l’ampleur tragique des pertes humaines occasionnées par la guerre en Irak, et en Syrie, territoires qui font partie de mon histoire personnelle puisqu’une partie de ma famille y a été assassinée lors du génocide dirigé contre les Arméniens en 1915.

Je l’ai créée avec l’objectif d’aider les populations civiles exilées lors des conflits. Dès lors, je me suis totalement engagée pour soigner, et réparer la souffrance des rescapés. Depuis, tous les mois, je me déplace sur ces terrains dangereux, pour développer nos programmes humanitaires, afin d’aider le maximum de Survivants en leur apportant une aide médicale et psychologique d’urgence.

En 6 ans, l’association s’est rapidement développée et nous avons réussi à déployer des cliniques mobiles, à construire des centres de soins et d’accueil pour prendre en charge 100 000 victimes de tortures et de violence sexuelles, femmes et enfants confondus.

En grandissant, nous avons pris de la place, trop certainement… soutenus dès le départ par les autorités locales et françaises, le tribunal du génocide et l’ONU, notre présence a suscité de la jalousie chez certains, présents depuis bien plus longtemps que nous, et qui ont voulu nous freiner dans notre élan, en ayant recours à tous les moyens possibles.

 

Le premier article de Libération publié en mai 2019 n’ayant pas atteint son objectif de nous mettre à terre, leurs auteurs ont décidé de récidiver pour anéantir Elisecare et moi-même en prétendant que je me serais enrichie personnellement et que je couvrirais des actes odieux de viols.

Tout ceci est faux et abject ! Il n’y a jamais eu d’enrichissement personnel, ni d’actes de viol « couverts » par Elisecare.

 

Ces mêmes journalistes ont pourtant eu entre leurs mains tous les éléments démontrant ma bonne foi. Je les leur ai transmis, en toute transparence parce que je croyais en leur objectivité. Ils ont eu ainsi plus d’éléments qu’il n’en faut pour s’assurer de mon intégrité totale envers Elisecare. Pourtant, ils n’en ont évoqué aucun. Les propos publiés au sein de cet article démontrent leur réelle malveillance, tant dans la rédaction partiale du contenu que dans les sous-entendus.

 

En agissant ainsi, ils n’ont pas hésité à compromettre l’action d’Elisecare sur le terrain. Est-il utile de rappeler que les humanitaires sont en première ligne dans ces pays, et la cible des terroristes et autres paramilitaires ? Nous travaillons en petite structure dans des zones dangereuses. La sécurité de nos équipes est notre seule priorité. En nous attaquant, ces journalistes et ceux qui les téléguident nous mettent en insécurité là-bas. Est-ce leur objectif ?

 

Aujourd’hui, je suis très soulagée d’apprendre que le parquet ouvre une enquête préliminaire qui va nous permettre de faire toute la lumière sur les allégations mensongères proférées à mon encontre et à l’encontre d’Elisecare, de dénoncer ces malveillances ainsi que leurs auteurs. 

 

Je veux que vous soyez certains que je serai toujours totalement transparente envers vous, et vous tiendrai régulièrement informés des éventuelles suites de ces attaques, et répondrai à chacune de vos questions.

Dans l’intervalle je vous assure de notre engagement sans faille et de ma totale détermination à poursuivre notre action humanitaire à travers Elisecare.

 

Que m’est-il reproché exactement ?

Par ces lignes de rappel, je vous expose les faits que ces journalistes ont présenté de manière parfaitement fallacieuse pour attaquer l’association avec des conséquences potentiellement dramatiques pour les milliers de civils Survivants que nous ne pourrons peut-être plus soigner.

 

1/ Nous avons reçu du Ministère des Affaires Étrangères une subvention publique de 400 000 euros en 2017 que nous n’avons pas pu dépenser dans les délais réglementaires (12 mois) pour des raisons de Référendum au Kurdistan et de sécurité nous empêchant l’accès au pays. 

Cette subvention était dédiée à la construction du Centre des Survivants, le financement de cliniques mobiles et la formation de professionnels sur place. 

Les conditions géopolitiques dangereuses en Irak lors du référendum de 2017 et l’embargo aux frontières nous ont contraints à démarrer la mission avec six mois de retard. Ce retard n’était bien évidemment pas de notre fait.

 

Mais dès lors, l’intégralité de la subvention obtenue du Ministère des Affaires Etrangères (MAE) a été dépensée sur 18 mois et non 12 comme prévu initialement. Ces dépenses n’étaient donc plus éligibles alors même qu’elles ont pourtant été affectées à leur objet humanitaire.

Une demande d’avenant pour prolonger la durée d’utilisation des fonds aurait dû être formulée dès 2017, mais étant prise par l’opérationnel et complètement absorbée par nos missions sur le terrain, je n’ai pas mesuré la rigueur des règles administratives et lorsque je me suis préoccupée de ces délais, ils étaient dépassés. J’ai pensé, et c’est là tout mon tort, que l’administratif pouvait être géré plus tard.

 

En ce sens pour être totalement irréprochables, et sur les conseils du MAE, nous avons fait le choix de reverser au Ministère l’intégralité des sommes engagées hors délai, alors que nous aurions pu procéder autrement – cela aurait d’ailleurs été préférable – et exercer un recours.

 

2/ 2017 et 2018. Mon travail à plein temps pour l’association, a été rémunéré par une indemnité forfaitaire mensuelle de 1000 euros TTC

En 2017 et jusque octobre 2018, j’ai perçu une indemnité forfaitaire de 1000 euros TTC par mois, – et donc en aucun cas par jour comme l’ont écrit de manière parfaitement mensongère les journalistes de Libération. Mes déplacements ont fait l’objet d’une note justificative auprès du Ministère des Affaires Étrangères.

Ma seule erreur et celle d’Elisecare, a été de déclarer cette indemnité au moyen d’une facture émise par mon cabinet d’acupuncture au sein duquel j’exerce mon activité depuis 2005. Cette facturation avait été validée par l’expert-comptable et le commissaire aux comptes d’Elisecare, et respectait les règles en matière de comptabilité. Toutefois et pour éviter d’autres malentendus, nous avons depuis janvier 2018, dans un souci de transparence totale, renforcé nos procédures comptables.

 

3/ Je suis accusée d’avoir couvert des viols

Mon engagement auprès des femmes victimes de sévices sexuels est total. Depuis 2014 en Irak, ce sont 3500 femmes victimes de trafic sexuel que nous soignons et accompagnons avec coeur et humanisme. Depuis le début de nos opérations en 2014, j’ai recruté beaucoup de volontaires français, et certains sont à leur 6e ou 7e déplacement en Irak.

 

Mais, au début de l’activité d’Elisecare, prise dans l’urgence et la volonté d’aider le plus grand nombre de femmes, j’ai été amenée à recruter des volontaires sans nécessairement m’assurer de leur stabilité psychologique. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

 

Pour certains, le besoin de partir dans un lieu lointain source d’adrénaline était plus important que la mission elle-même. Leur mal-être, la rupture familiale, les addictions, le besoin de liberté totale, sont autant de bonnes ou mauvaises raisons de « partir ». Sur place, malheureusement, il a fallu redoubler d’efforts pour assurer la sécurité de certains de ces jeunes car leurs comportements et le non-respect des règles de sécurité, mettaient leur vie en danger, ainsi que celle des autres expatriés.

 

Il a fallu prendre des décisions drastiques et nous avons été contraints après des avertissements répétés, de rapatrier deux de ces volontaires, deux jeunes femmes. Leur déception s’est alors sans doute muée en colère contre l’association qui n’a pourtant pas eu d’autre choix pour leur sécurité. Aussi, d’abord à travers les réseaux sociaux sous divers pseudonymes, ensuite par l’intermédiaire des journalistes de Libération, ces deux volontaires contraintes de rentrer à Paris ont tenu des allégations visant à compromettre l’association.

Dès que j’en ai eu connaissance, j’ai immédiatement averti le Consulat et les autorités françaises et kurdes, aux fins que leur plainte puisse être recueillie, plainte qu’elles n’ont jamais souhaité déposer.

 

De plus, aussitôt après leur rapatriement, et compte tenu de l’extrême gravité des faits, j’ai immédiatement diligenté un cabinet d’avocats, pour réaliser sur place une enquête approfondie sur le récit de ces deux jeunes femmes, laquelle n’a pas été concluante.

 

Cette enquête a d’ailleurs donné lieu à un rapport qui est à la disposition de tous et peut être consulté dans les bureaux de l’association. J’ajouterai que les allégations de ces deux volontaires ont donné lieu à l’ouverture d’une procédure judiciaire qui a abouti à un classement sans suite par la justice française.

 

Malgré la consultation de ce rapport dans nos locaux, les journalistes de Libération n’en ont pas tenu compte, et ont préféré poursuivre leurs attaques contre l’association, sans évoquer à aucun moment un classement sans suite et préférant soutenir la thèse bien plus « vendeuse » auprès de leurs lecteurs d’un crime sexuel sur lequel l’association aurait fermé les yeux.

 

J’arrive à la fin de cette lettre et souhaite vous affirmer que l’épreuve que traverse Elisecare ne la mettra pas à terre. Au contraire, elle en sortira plus forte, plus expérimentée et plus déterminée que jamais à réaliser ses objectifs.

 

Je souhaite remercier tous ceux qui travaillent à nos côtés ; les salariés en Irak, eux-mêmes victimes et réfugiés par la guerre en Syrie ou à Sinjar, l’équipe parisienne totalement investie dans cette épreuve, l’ensemble des bénévoles en Irak, en Arménie, en Ethiopie, les membres du Conseil d’Administration ainsi que tous les donateurs fidèles et confiants en Elisecare.

 

Merci à tous.

Elise Boghossian

EliseCare se mobilise pour le Liban

Des centaines de familles se sont retrouvées sans abris, dans un pays déjà accablé par la pire crise économique qu’il ait jamais connu – avec un taux d’inflation de plus de 100% et une dévaluation de la livre libanaise pour arriver à un taux de 4500LL/1USD – et la crise du Covid19. Les hôpitaux de la ville, elle aussi ayant subis des dégâts matériels, souffrent face au grand nombre de blessés, aux coupures d’électricité et au manque de certains médicaments. 
 

EliseCare fait appel à votre générosité et soutien pour venir en aide aux victimes de cet incident atroce.