Non classifié(e) – EliseCare

Classement sans suite pour EliseCare

Chers amis,

Nous sommes heureux de vous annoncer le classement sans suite de la procédure initiée à notre encontre en août 2019 (N° parquet : 19282001073 – identifiant justice 1904896783G),
relayée par la presse.

Si nous ne doutions pas de cette issue, la justice reconnaît aujourd’hui officiellement que les faits ne sont pas établis et met un terme à toute poursuite pénale.

Nous vous remercions chaleureusement pour votre soutien. Nous sortons de cette épreuve plus forts, plus expérimentés et plus déterminés que jamais à poursuivre nos objectifs.

Élise Boghossian, au nom de toute l’équipe d’EliseCare, le 1er juin 2021

L’appel d’Elise Boghossian pour l’Arménie

Depuis le début des combats dans le Haut-Karabagh le 27 Septembre, les Arméniens sont la cible des bombardements aveugles de l’Azerbaïdjan. Elise Boghossian, fondatrice de l’ONG médicale EliseCare, lance un appel pour l’Arménie dans cette tribune dans Paris Match.

Pour mieux cerner les enjeux humanitaires et géopolitiques, elle revient sur les spécificités culturelles, historiques et religieuses de la région du Caucase, et notamment de l’Arménie. Rappelant l’atroce génocide du peuple arménien commis par les turcs en 1915, elle explique les aspirations du gouvernement turc et du gouvernement azéri amicale internationale djihadiste. S’apprêtant à un nouveau nettoyage ethnique, l’ambition turc ne se limite pas à la reconquête de l’Empire Ottoman, mais vise la fusion de la Turquie avec les pays musulmans du Caucase et de l’Asie Centrale. L’unique obstacle ? L’Arménie et plus précisément le Haut-Karabagh, le verrou stratégique qui protège l’Arménie.

Pour plus comprendre cette question lisez l’intégralité de l’article ici.

Restaurer l’humanité – Anniversaire du génocide Yézidis

A l’aube du triste 6e anniversaire des massacres de Sinjar commis le 3 août 2014 par les troupes de l’État Islamique contre les populations yézidies, comment oublier ces images bouleversantes qui font le tour du monde ?

Des hommes systématiquement exécutés par les djihadistes tandis que des milliers de femmes et d’enfants sont enlevés et convertis de force à l’Islam. Des milliers de femmes et de jeunes filles sont réduites à l’esclavage sexuel, tandis que les jeunes garçons sont enrôlés comme enfants-soldats. Une omniprésence de la haine, celle qui déshumanise et lève toutes les inhibitions, tous les interdits. Des massacres en masse, des corps jetés dans les fosses ou donnés en nourriture aux chiens, des femmes vendues dans des marchés aux bestiaux pour le prix d’un paquet de cigarettes, programmées pour devenir ces ventres obscurs qui mettront au monde la future armée au service du drapeau noir du Califat.

Alors que la notion de crime contre l’humanité n’existe pas dans la législation irakienne et que les poursuites sont uniquement menées sur la base d’accusations de terrorisme, aucune réparation des victimes n’a été entrepris, ni par la Cour pénale internationale, ni par les instances irakiennes.

Les crimes génocidaires induisent un deuil impossible, les victimes étant gelées dans un espace-temps traumatique qui s’étend jusqu’à la filiation. Tous les symboles liés à la vie sont détruits. Et pourtant, se pose une question essentielle, toujours la même : comment restaurer l’humanité après un tel anéantissement ? Autrement dit : est-ce que de la vie peut naître de la mort ?

Les stratégies de survie

Dans les camps, dans les prisons où vivent les enfants et les esclaves sexuelles, les victimes élaborent des stratégies de résistance, pour « résister à l’écrasement ou à la pulsion de mort ». Par exemple, les enfants-soldats victimes de tortures et prisonniers dans les camps militaires à Raqqa jouent pour assurer le maintien d’un espace propice à la transformation et l’appropriation symbolique. Ils peuvent jouer avec ce qu’ils trouvent, par exemple au foot avec des têtes coupées. Le jeu permet une coupure avec le réel, de lutter contre l’angoisse, de rétablir un espace protégé et sécurisant. Ces enfants essaient de se départir de la toute-puissance envahissante de l’oppresseur. Leur monde est en miettes, et c’est l’imaginaire qui permet à l’enfant de renouer avec son corps, dont l’unité a volé en éclat sous l’effet du choc traumatique.

Le jeu est la première chose que nos équipes médicales et psychologiques vont remettre en route dès que les victimes seront libérées.

Chez les jeunes filles victimes de trafic sexuel, l’horreur du corps morcelé empêche les fillettes de grandir. Nous avons des petites filles de 7 ou 8 ans qui ont été parfois été violées devant leur mère ou leur frère. Elles n’ont plus d’image d’elles-mêmes parce que le viol détruit l’image du corps. Ces fillettes sont incapables de se regarder devant un miroir, car elles détestent ce corps à travers lequel elles voient l’ombre et les gestes de leur bourreau. Cette atteinte à l’image du corps en plus du crime vécu rajoute une couche supplémentaire à leur incapacité à aimer leur corps, engendrant un ensemble de troubles physiques que ces fillettes vont développer, comme les eczémas, le syndrome du côlon irritable, l’incontinence urinaire, l’absence de règles, etc.

Le sens d’une vie est tissé de représentations, de souvenirs, d’images. L’enfant accumule ces images et représentations pour construire le futur homme de demain. Le traumatisme a pour effet premier de fracasser cette bulle de l’imaginaire. Le Survivant va développer des stratégies de survie pour reconstruire des représentations positives, de créer un lien avec ce qui peut représenter une image du soi, et réinstaurer ainsi une part de narcissisme.

Les chemins possibles de la Résilience

Plus haut avec l’exemple des enfants-soldats, nous avons évoqué le jeu comme un canal de résilience. Mais il en existe bien d’autres … Parler est difficile, et pas toujours évident. L’art, l’écriture, la musique, le témoignage permettent aux victimes de sortir de la sidération traumatique. A leur retour des camps, les Survivants arméniens et juifs ont dû faire face à l’indifférence du monde. Le déni renforce la croyance que l’Autre a été définitivement détruit par l’agresseur tout-puissant. Se réinscrire dans l’humanité est probablement impossible à la première génération. Mais ce travail doit être initié pour aider les descendants à surmonter le traumatisme et briser les chaînes de la douleur et du deuil. C’est dans ce travail d’adaptation, que nous essayons avec l’association Elisecare de réparer les blessés de guerre et les Survivants Yézidis.

Créer, c’est transformer, à partir du refoulé traumatique, car le refoulement amène à la sublimation. La sublimation est la présentation d’un vécu d’une manière qui n’est pas celle de la réalité. L’art, la musique et l’écriture sont des produits de la sublimation, qui permettent de maitriser l’angoisse, pour reconstruire le monde. Tout en permettant de faire exister le meurtre, c’est une façon d’ensevelir les morts pour restituer l’humanité, dans un linceul de papier et de mots, de notes de musiques, de créations artistiques. L’art nourrit le corps, et permet aussi de se vivre psychiquement en racontant ce qui est impossible à dire, avec la dose d’affect propre à chacun.

L’art nourrit la vie : « il faut que je fabrique de la vie avec toute cette mort ».

Notre mission à Calais se termine

Avec le démantèlement de la jungle de Calais, les premiers patients arrivent plus tard qu’à l’habitude. Aujourd’hui ils sont moins qu’hier et plus que demain. La jungle se vide.

Nous terminons nos soins de kinésithérapeuthie, ostéopathie, acupuncture, puis quittons le camp alors que quelques incendies démarrent ici et là. Demain nous reviendrons dispenser des soins et ce jusqu’au départ du dernier réfugié.

Après 6 mois d’activité, le dispensaire a enregistré plus de 5000 consultations. Autant de personnes qui sont passées entre les mains de nos praticiens et qui ont essayé de les soulager de leurs maux. L’écoute est au cœur du processus de soin et des liens se sont créés entre l’équipe et les patients.

Beaucoup sont ceux qui passent nous dire au revoir, sac sur le dos « Jungle finish » avant de s’engager sur la rue des Garennes qui mène aux SAS.

Aujourd’hui, c’est Tarik qui est venu nous remercier et nous saluer pour la dernière fois. Ce jeune soudanais de 20 ans venait régulièrement au camion, principalement pour des problèmes ORL. Il a offert un dessin à l’acupunctrice qui le suivait, les larmes plein les yeux, et nous plein le coeur. L’exil est entré dans sa vie pour un long moment.. Stressé et angoissé, Tarik fait partie des personnes qui souhaitent faire leur demande d’asile en France et démarrer une nouvelle vie. Il a d’ailleurs énormément progressé en français pendant son séjour dans la jungle où il suivait des cours dispensés par des bénévoles. Il veut reprendre ses études et travailler.

Nous ne l’oublierons pas…

Shennong & Avicenne devient EliseCare

Chers donateurs,

Vous avez souhaité aider nos missions en Irak et en France en effectuant un don en faveur de Shennong & Avicenne; pour cela, je tenais – au nom de toute notre équipe – à vous renouveler mes plus sincères remerciements.

Votre fidélité est un soutien précieux pour notre association car elle accompagne le travail de nos personnels administratifs, soignants et médicaux qui oeuvrent au quotidien pour soigner ces femmes, ces enfants et ces hommes réfugiés, et améliorer leur condition de vie.

Ces familles – chrétiennes, kurdes, yézidies et syriennes – précipitées sur les routes de l’exil par la guerre ont ainsi pu retrouver un peu de chaleur et d’humanité au sein de nos dispensaires médicaux. Et c’est à vous que nous le devons.

Aujourd’hui, pour davantage de cohérence et de clarté, le nom de notre association évolue. Shennong & Avicenne devient EliseCare. Les missions quant à elles restent les mêmes. Une évolution – sur la forme uniquement – qui accompagne le développement quotidien de nos actions sur le terrain.

Votre mobilisation fait notre efficacité. J’en appelle à votre générosité et votre engagement pour relayer autour de vous cette nouvelle étape dans l’histoire de notre association, afin que nos missions puissent être pérennes et que nos médecins puissent continuer à insuffler l’espoir là où nous intervenons.

Il n’en va pas seulement du salut de ces populations, il en va de nos valeurs et de ce qui fait notre humanité.

Elise Boghossian

Présidente EliseCare