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Fin d’une semaine passée en Irak

28 avril 2016

Le dernier camp de réfugiés dans lequel je me rends est celui de Divan. Situé à cent mètres de l’hôtel le plus luxueux d’Erbil, il accueille une cinquantaine de familles yézidies. Ici, ni eau potable, ni électricité. Les bus médical de l’association Shennong & Avicenne s’y rend toutes les semaines afin de soigner femmes et enfants.

Alice Madar, jeune parisienne a décidé de passer ses vacances scolaires en Irak pour découvrir et aider l’association EliseCare. Récit d’une sixième et dernière journée passée sur le terrain.

Le dernier camp de réfugiés dans lequel je me rends est celui de Divan. Situé à cent mètres de l’hôtel le plus luxueux d’Erbil, il accueille une cinquantaine de familles yézidies. Ici, ni eau potable, ni électricité. Les bus médical de l’association EliseCare s’y rend toutes les semaines afin de soigner femmes et enfants.

Divan
Divan

Je rencontre Khokhe, une femme de 40 ans qui désormais vit ici avec son mari et leurs sept enfants. Elle me raconte leur fuite de Sinjar en aout 2014.
« A 2h du matin, les hommes de Daesh sont arrivés. Mon mari était en déplacement pour son travail. Les habitants ont tenté de se battre mais rapidement, les munitions ont manqué. C’est alors qu’un baril de kérosène a explosé à côté de notre maison. Des fragments liés à l’explosion ont touché Baran, une de mes filles » me dit-elle la voix chargée d’émotion. « Jusqu’à 6h du matin, les voisins et moi avons essayé de la soigner. Finalement, nous avons pu l’emmener à l’hôpital. Le reste de mes autres enfants ont dû fuir la ville. Je n’ai gardé que mon plus jeune fils avec moi. »
A l’hôpital, le médecin est sur le point d’opérer Baran lorsque les hommes de Daesh pénètrent dans l’enceinte de l’hôpital. « Ils ont rapidement ordonné aux médecins de soigner leurs propres blessés » se souvient Khokhe avant d’ajouter: « Je me suis alors retrouvée nez à nez avec des membres de Daesh. Jeunes, lourdement armés, portant de longues barbes, hurlant dans les couloirs de l’hôpital ». Elle parvient à leur cacher qu’elle est yézidi. Ils lui confisquent toutefois son téléphone. « Lorsque mon frère a tenté de me joindre pour me dire que mes enfants étaient avec lui, les hommes lui ont fait croire qu’ils m’avaient assassiné. »
Sans médecin pour s’occuper d’elle, Baran décèdera dans l’heure qui suit. Khokhe l’enterrera elle même à trois kilomètres de l’hôpital, accompagnée par son fils de six ans.
Tous deux marcheront ensuite jusqu’à la montagne pour essayer de retrouver le reste de la famille. Ce n’est qu’au bout de trois jours que Khokhe parviendra à emprunter un téléphone pour appeler ses enfants. Enfin réunis, ils s’installeront à Duhok puis à Erbil.

famille yézidie

Alors que son récit touche à sa fin, Khokhe essuie discrètement quelques larmes. « Je remercie Dieu chaque jour. Il m’a permis d’enterrer moi même ma fille. Il l’a fait mourir plutôt qu’elle ne devienne une esclave de ces barbares. »

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Irak jour 5

27 avril 2016

Alice Madar, jeune parisienne a décidé de passer ses vacances scolaires en Irak pour découvrir et aider l’association EliseCare. Récit d’une cinquième journée passée sur le terrain. Le matin de mon cinquième jour en Irak, je pars pour Ashtar avec
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Alice Madar, jeune parisienne a décidé de passer ses vacances scolaires en Irak pour découvrir et aider l’association EliseCare. Récit d’une cinquième journée passée sur le terrain.

Le matin de mon cinquième jour en Irak, je pars pour Ashtar avec le bus de l’ONG EliseCare.

Source:http://www.dailykos.com

 

280 réfugiés, originaires de Bashiqa vivent dans ce camp. Ici, il n’y a pas d’eau potable et la moitié des maisons n’a pas l’électricité.

Les parents patientent devant le bus pour se faire soigner par les médecins; les enfants quant à eux courent rejoindre le terrain de foot. Je décide de les rejoindre.
Aos 11 ans, Jan 10 ans, Liden 7 ans, Delvan 6 ans et Hajrashit 11 ans. Ils sont tous élèves de « l’école des IDPs », une école basée à quelques mètres du camp. Ils n’aiment pas leur nouvelle école. Celle de Bashiqa était mieux selon eux. Je cherche à en savoir plus. Aos – qui veut être médecin – souhaiterait pouvoir apprendre l’anglais. Hajrashit – qui veut être pilote -déplore le fait que les classes soient surchargées. « Impossible de se concentrer » grommelle t-il.
Delvan quant à lui veut devenir architecte pour reconstruire Bashiqa. Sa mère, jamais très loin, s’approche pour écouter notre conversation. Rapidement, elle m’invite à boire un thé. Arrivée chez elle, je m’installe dans un coin puis l’écoute. « Delvan et les autres ne pourront probablement pas aller à l’université. Ils vont devoir commencer à travailler tôt pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Je n’ai pas voulu le dire devant eux. Ils sont tous pleins de rêves » soupire t-elle avant d’ajouter: « Si seulement nous avions pu rester à Bashiqa…»
Salma était hier à Lalesh pour la fête traditionnelle yézidi. Un évènement particulier puisque cela faisait deux ans que les yézidis n’avaient pas pu célébrer leur nouvel an, essayant d’échapper à Daesh et évitant les rassemblements. Pour cette nouvelle année, Salwa n’a que deux souhaits : « Que toutes les jeunes filles yézidies enlevées par les hommes de l’Etat Islamique puissent rentrer chez elles. Et que nous puissions également rentrer un jour à Bashiqa. »

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Irak jour 4

26 avril 2016

Alice Madar, jeune parisienne a décidé de passer ses vacances scolaires en Irak pour découvrir et aider l’association EliseCare. Récit d’une quatrième journée passée sur le terrain.   C’est accompagnée de Mirna et Dara que je grimpe en voiture, direction Erbil.
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Alice Madar, jeune parisienne a décidé de passer ses vacances scolaires en Irak pour découvrir et aider l’association EliseCare. Récit d’une quatrième journée passée sur le terrain.

 

C’est accompagnée de Mirna et Dara que je grimpe en voiture, direction Erbil. Après deux heures de route, nous voici arrivés dans une ville dont je reconnais quelque peu les artères pour y avoir atterri plusieurs jours auparavant.
Dans le plus grand camp de réfugiés d’Erbil, 15 500 hommes, femmes et enfants vivent dans des blocs préconstruits fournis en eau propre et électricité. Sous un soleil brûlant, Dara et moi faisons le tour des lieux. Nous passons devant une église, une école primaire ainsi qu’un terrain de foot bondé du fait du jour férié.
Vêtues de noirs pour marquer leur deuil, Imana, Randa et Marline se présentent. Elles vivent dans le camp depuis qu’elles ont du fuir leur maison à Karakoch. C’était il y a environ deux ans, un 3 août 2014 plus exactement, lorsque Daesh a attaqué leur village en pleine nuit. La famille a dû prendre la fuite en catastrophe. Dans le jardin d’une église, les trois femmes ont pu s’installer pendant quelques mois jusqu’à l’arrivée de l’hiver. Les conditions climatiques devenues trop rudes, elles furent forcées de prendre à nouveau la route pour rejoindre le camp dans lequel nous nous trouvons. « Nous ne savions pas que nous partions pour ne plus jamais revenir » m’explique Imana la grand mère. Le fils d’Imana, qui était le mari de Randa, est décédé il y un mois et demi. C’était lui qui permettait à sa mère, sa femme et sa sœur de vivre correctement grâce à son travail.
Les trois femmes accompagnées de leurs enfants souhaitent rejoindre la France où une partie de la famille vit déjà. Un prêtre français a accepté de se porter garant pour elles et de les accueillir. « Nous ne voulons plus que nos enfants aient peur, nous ne voulons plus entendre le bruit des avions au dessus de nos têtes. »

De retour au bus de l’association, j’observe Faes, 63 ans, assis, une dizaine d’aiguilles d’acupuncture sur chaque main « C’est pour soigner mes jambes » me dit-il en riant.

Hugo soin

« J’avoue ne pas trop comprendre en quoi planter des aiguilles dans mes paumes permet de soulager mes genoux, mais en tout cas c’est efficace. » Le médecin de l’association se rappelle du premier contact avec Faes. « Il ne nous faisait pas du tout confiance. Il était très sceptique quant à cette manière alternative de soigner. Aujourd’hui, après 7 séances d’acupuncture, ses douleurs articulaires sont traitées avec beaucoup d’efficacité. »

A proximité de Faes, un couple patiente pour des soins. Amel et Hassad ont quitté Karakoch en 2014 afin de rejoindre Erbil avec leur fils et leur fille.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que le couple a dû fuir. En 2007, les chrétiens ne sont plus les bienvenus à Baghdad. Ils doivent alors quitter la ville. Hassad a toutefois souhaité retourner dans la capitale irakienne, quelques semaines plus tard, afin de récupérer quelques affaires. Il sera enlevé par des membres d’Al Qaida qui le tortureront pendant cinq jours jusqu’à que sa famille paye une rançon de 300 000 dinars. A Karakoch, Hassad passera ensuite huit mois alité pour se remettre de ses blessures, sans traitement de la douleur comme il peut en bénéficier aujourd’hui au sein du bus.

couple chrétien

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